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Articles de la rubrique "JEUNES AUTEURS"
Sylvain PIRON :
Publié par Azimuts dans JEUNES AUTEURS
Il transporte son désappointement en l’an de grâce 2027. Désappointement à double titre, car son personnage principal vient de perdre son emploi de publiciste ! Sylvain alterne jeux de mots et jeux de maux, il joue subtilement de la dérision et du calembour pour étaler ses états d’âme et nous croquer un monde imparfait dans lequel notre futur se conjugue au conditionnel de ceux qui nous dirigent.
Il dénonce le besoin de paraître, l’illusion d’être, mais dans cette grisaille de l’esprit, il caresse néanmoins l’espoir légitime de – peut-être –... sourire demain ! Un roman de 130 pages. 10 €
Cet ouvrage vient déjà d'être réédité !
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[... En 2019, ils nous promettaient que tout irait mieux pour tout le monde, en tout temps et en tous lieux. Le peuple gaulois souhaitait davantage de liberté et d’aisance financière. Depuis, huit années ont passé. Le peuple est content car des changements ont eu lieu. À mon insu, mon statut a été revu : hier, j’étais citoyen ; aujourd’hui, marginal. Je ne suis pas devenu quelqu’un d’autre. Simplement, le Royaume a imposé certaines règles auxquelles je n’ai pas adhéré. Je sais qu’il faut croquer la vie à pleines dents, mais vu le menu, je me suis mis au régime. Quant aux nonante-cinq pourcent de gaulois qui ne m’ont pas imité, ils jouissent à présent d’une vie structurée dont ils se satisfont. Je monte un peu le son de ma chaîne. Une chanson entraînante fait danser mes doigts. Le poisson frétille, mais si je partais en stoppant la musique il le ferait aussi. Ce soir ressemble aux précédents ; aux prochains, j’en ai peur. Parfois, l’avenir me semble joli, peut-être parce qu’il est loin et que je suis vaguement myope. Il y a tout juste un mois, j’ai eu vingt-neuf ans. Faute de camarades, je n’en ai dérangé aucun. L’intérêt réciproque fait les bons amis ; donc, inutile de s’ouvrir aux autres quand on se sait vide ! Les cercles amicaux se dessinent bien sans ma mauvaise mine, les familiaux en font autant… Toujours pas d’enfant, ni de potentielle future maman. L’amour et moi, ça fait un. Il n’est pas présent dans ma vie, alors je ne le compte pas. Mon nom est Le Vin. Valéandre Le Vin. Mon problème, c’est que je n’ai pas de puce. Voilà pourquoi je ne suis plus comme tout le monde ! Une firme financée par le Royaume s’est spécialisée dans le contrôle de la pensée et a mis au point l’intolérable gadget. Une petite plaquette métallique à insérer sous la peau de l’avant-bras, censée remplacer nos papiers d’identité et faciliter le pistage des criminels. Les ondes que diffuse la pièce sont présentées comme saines. Avantages directs accordés aux pucés : augmentation de salaire, avantages fiscaux, accessibilité à des lieux et à des emplois depuis lors interdits aux non pucés, appui des services d’ordre et des urgences… Vice caché : influence directe sur la pensée par influx nerveux. Concrètement, le Royaume a formé une armée d’acheteurs toqués continuellement élégants, et ses caisses se sont remplies. Contrairement à mes dirigeants, je ne baigne pas dans le faste. Je hante une maisonnette résolument disgracieuse. Mon salaire de petit publicitaire indépendant ne me permet pas de la rendre digne d’accueillir une demoiselle, aussi coulante soit-elle. Peu de pièces habitables, toutes au rez-de-chaussée, dont une chambre à coucher étroite et remplie, empêtrée d’un lit large et vide. À l’étage, un grenier mansardé plein de poussière et de biens poltrons qui atteindront, eux aussi, cet état dans peu de temps. Pour m’y rendre, je dois affronter un escalier si raide que je l’appelle échelscalier. Ces quelques murs sont malgré tout la matérialisation d’un ancien vœu : m’exiler d’où j’ai grandi. Le charme de mon faubourg pantouflard m’a vite ôté toute envie de nourrir des regrets. Quand je n’ai rien à faire, je vagabonde. Parfois dans les allées de ma ville, souvent dans celles des deux supermarchés du coin. Généralement, j’en sors sans achat. Je m’y rends pour observer les humains jouir de leur captivité. Au terne métro-boulot-dodo, la société moderne a cru bon d’ajouter emplettes. Métro-boulot-emplettes-dodo, ça sonne terne et faux. J’ai du mal à les comprendre, tous ces anonymes que je croise. La liberté est partout autour d’eux, mais ils n’y vont jamais. Ma manie d’observer les gens remonte à mon adolescence. À l’époque, j’écrivais des bribes de nouvelles dont je constituais l’entièreté du lectorat. J’aurais écrit jusqu’à ce que la précarité me contraigne à manger mes crayons ! Nul besoin d’être énorme, je voulais simplement sortir de la norme. Finalement, j’ai conservé mes crayons et ravalé mon ambition. De temps à autre, des attitudes atypiques donnent naissance à une publicité. C’est précisément à l’une de ces scènes salvatrices que j’assiste. ...] Tags associés : Azimuts, maison d'édition, Piron, éditer, librairie |
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