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Articles de la rubrique "Nouvelles"
Ces onze nouvelles, tantôt fantastiques, tantôt romantiques, ont en commun la mise en scène de héros fragiles, parfois féroces, souvent attachants, sinon bouleversants de tendresse. On y retrouve les grands thèmes de la vie : l’amour, l’amitié, la nature, les rêves, la folie, la maladie, mais aussi l’inexorable mort…
L’auteur prend un plaisir évident à explorer les plus infimes perceptions des êtres humains. 218 pages. 18 euros.
UN RECUEIL DE NOUVELLES A GLISSER DANS VOS VALISES EN VUE DES VACANCES !
[... Dans le fauteuil du salon, face à la télévision, Marcel dort, le visage gercé par le froid et rougi par la fièvre. Ses vêtements sont tachés de boue et la poche arrière de son pantalon est trouée. Sa respiration, malgré tout régulière, s’apparente à un ronronnement bruyant. Emma revoit Tefnout, ce dieu égyptien maître du temps, à tête de lion. Un frisson lui parcourt le corps. Elle vacille et s’affale avec lourdeur sur une chaise que lui glisse Roger à point nommé. L’Alzheimer l’emportera sur Marcel. Elle le sait, mais l’idée tangible de la mort, l’angoisse de la séparation ne l’avait pas encore pleinement saisie avant cet instant. Dans le silence de cette après-midi d’automne, elle reprend quelques forces en attendant que son père revienne à lui. Tout en le versant déjà, Roger lui propose un verre de Kirsch suffisant pour étourdir un sanglier. — De quoi t’a-t-il encore parlé ? — Du moulin d’étalle, de la maison de Guirsch. De ton frère, de ta sœur et de toi. Il a divagué pendant une dizaine de minutes. Il voulait tour à tour monter dans les airs, se jeter dans les flammes et plonger dans les étangs du Pont d’Oye. Il s’est exprimé d’abord calmement, puis avec nervosité avant de devenir agressif. Il m’a reproché de voir le mal partout et de mettre sa droiture en doute. Je ne sais plus… Il a dit tout et n’importe quoi… J’avais l’impression qu’il souffrait, il serrait les poings et semblait ne plus savoir comment les utiliser… Je suis désolé… Songeuse, Emma se perd dans le déferlement de ses questions intérieures. À quoi rêve-t-il ? Qu’est-ce qui compte encore pour lui ? à quoi la vie se résume-t-elle, vue du bout ? Et comment se fait-il que ressurgissent dans sa mémoire des endroits qu’il n’a plus fréquentés depuis des dizaines d’années, alors qu’il ne reconnaît plus Roger ? La jeune femme démêle sans illusion les fils de la déraison de son père. Elle essaie d’imaginer la place qu’elle y occupe encore et s’endort à son tour. — Rosine, Rosine ! Te revoir, te prendre dans mes bras, ce n’est pas vrai, je t’ai aimée… Emma se réveille brusquement alors que son père divague à nouveau. Les yeux agrandis par la peur, elle le regarde. Son corps est agité par un infime tremblement qu’elle tente de réprimer. Ses mains sont glacées. « Non, ce n’est pas possible. Il ne peut pas ne pas se souvenir... ». Refusant de céder au désespoir, elle l’implore doucement, dans un murmure qui revêt l’aspect d’une prière. — Papa, c’est Emma, souviens-toi. Calme-toi, je suis là. — Sortez de chez moi ! Il n’y a rien à prendre ici. J’ai déjà payé pour ces crimes que je n’ai pas commis ! rugit Marcel d’une voix méconnaissable. Avec son dévouement habituel, Roger revient dans la pièce avec les médicaments prescrits par le médecin. Emma y jette un œil dépouillé d’illusions. En tant qu’infirmière, elle connaît leur efficacité très relative et regarde avec amertume cet ami indéfectible qui les administre sans ménagement au patient rebelle. Ensuite, il prend Emma dans ses bras. Elle s’y abandonne, perdue face à la dégradation si brutale de l’état de santé de son père. Des larmes s’échappent, quelques minutes s’écoulent. « Il était si bon, si enthousiaste et si passionnant ! Il aimait tant la vie, il nous avait tout appris : à lire, à compter, à connaître la forêt. Il nous y emmenait chaque dimanche pour de magnifiques promenades pleines de poésie, en un inébranlable rituel. Comment peut-il aujourd’hui se perdre dans des divagations empreintes de suspicion et de rancœur ? » Est-on jamais prêt à perdre ceux qu’on aime ? ...] Tags associés : nouvelles, Azimuts, maison d'édition, Sophie Hannick, librairie |
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Mercredi 11 Février 2009 à 09:14
